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Alors ça tombe bien, parce que je ne suis pas médecin !… S’il y a un domaine en particulier sur lequel les idées reçues sont encore légion et ont la dent dure, c’est bien le monde assez mal connu (ou mal décrit ?) de la psychothérapie ! Il faut dire que cet univers charrie avec lui nombre de mythes et de légendes urbaines, alimentant autant de méfiance, de crainte – voire de rejet – de la part de nos contemporains. Mais c’est vrai que nombreux sont ceux qui en parlent sans la connaître, et que d’autres, qu’ils la pratiquent ou non, participent à l’enfermer dans un prosélytisme pénible, qui, en la confisquant à la population « non initiée », semble bien plus destiné à soigner quelques égos qu’à faire progresser la connaissance sur les méthodes que la psychothérapie peut utiliser et les bénéfices qu’elle peut produire chez nos semblables. Sans compter que, à cause des guerres de chapelles entre ces différentes organisations qui veulent toutes être reconnues comme celle-qui-sait-mieux-faire-que-les-autres, on entretien les doutes qui règnent autour de cette pratique, et on continue à favoriser l’émergence et la survie de parfaits charlatans (qui ne sont d’ailleurs pas toujours ceux qu’on croit…).
Comment, vous n’êtes pas médecin ?
Par une grise matinée du mois de mars, je me présente à la mairie de cette charmante bourgade de Grézieu la Varenne, à l’ouest de Lyon, pour m’enquérir des dernières nouvelles concernant ma demande d’autorisation pour dédier une partie de mon domicile à la pratique de la psychothérapie. Oui oui, vous savez, ce genre de dossier qui prend 2 mois pour être « instruit » – comme ils disent – avant que vous ne receviez, un jour où vous ne vous y attendez plus, une réponse aussi profonde et argumentée que « nous sommes d’accord ». Bref, après un bon mois d’une attente impatiente, je suis allé directement à la source pour récolter la précieuse information. Visiblement très indisposée par ma pressante question, la « charmante » employée de mairie, que l’on avait chargé de « m’accueillir », m’interrogea à peu près en ces mots : « avez-vous signalé votre installation à l’ordre des médecins ? ». Question à laquelle je me suis empressé de répondre, non sans une petite gène, en m’excusant presque : « non madame, je n’ai rien à voir avec l’ordre des médecins… car je ne suis pas médecin ». Jusqu’ici tout allait encore presque bien, et puis elle prononça ces mots avec un petit regard hautain et un ton méprisant qui me glaça le sang : « Comment, vous n’êtes pas médecin ? »…
C’est à ce moment précis, je crois, que j’ai pris conscience de ma solitude. Quelle solitude que celle du futur praticien, cheminant dans son parcours d’apprentissage de la relation d’aide, son parcours en thérapie personnelle depuis quelques années – sans parler de son parcours de vie, et qui se retrouve montré du doigt comme une vulgaire contrefaçon, méprisé comme un étudiant qui n’a pas le bon diplôme, comme un mafieux qui ne fait pas partie de la « bonne famille », comme un étranger qui ne parle pas la bonne langue…
En l’espace de quelques secondes j’ai pris conscience de la dimension du mythe, du poids de ce grand mensonge qui entoure notre discipline, notre philosophie : L’âme, ses profondeurs, ses mystères, sa richesse, ses souffrances, ses espoirs, mais aussi les émotions, les souvenirs, les idées, les rêves, les envies, les désirs, les passions, appartiennent donc – dans une sorte d’exclusivité autoproclamée – au corps médical. Tout ce qui fait la profondeur pourtant insondable de notre humanité ne saurait être approché par d’autres « spécialistes » mieux renseignés, mieux informés, mieux savants que les médecins. Tout le reste n’est que charlatanisme ! Eh, ça ne va pas du tout, arrêtez donc de confier vos états d’âme à votre meilleur copine, et courrez vite chez le médecin, c’est moins risqué…
AH-Ah-ah.
Ce qui me frappe le plus dans ce mythe, c’est à quel point il ressemble aux légendes d’antan que véhiculaient les seigneurs des royaumes eux-mêmes pour s’assurer de la pleine obéissance de leurs sujets, à quel point ça me fait penser à toutes les sottises que les religions diverses et variées ont mis dans la tête des foules pour mieux les contrôler. Vous rappelez-vous d’ailleurs de ce bon petit film sorti il y a quelques années: Le village ? Il s’agit d’une communauté qui vit entourée de bois mystérieux dans lesquels rodent visiblement une méchante bébête qui terrifie tout le monde et qui empêche les gens de quitter ce fameux village. Sauf que l’un d’entre eux va essayer quand même… Pour ceux qui ne l’ont pas vu je ne dévoilerai pas la suite de l’histoire. Pour les autres, ils ne manquerons sans doute pas de comprendre l’allusion.
Mais, revenons donc à la religion et à ses mythes savamment entretenus. Deux exemples frappants : ne faites pas l’amour en dehors de la nécessité de procréer, et mangez du poisson le vendredi. Remarquez, concernant la deuxième injonction, vu la vitesse à laquelle les réserves de pêche diminuent, on risque de bientôt avoir de nouveau le « droit » de manger un bon steak la veille du week-end. Bref, toutes ces divagations intellectuelles pour dire que, alors qu’elle semble silencieusement admise (même si c’est un peu plus bruyant depuis l’été dernier), cette espèce de confiscation de la psychothérapie : le fait de se dire que seul le corps médical peut accompagner les gens à apprivoiser les maux de leur psyché, me semble à peu près aussi simpliste et réductrice que l’idée – pas si ancienne que ça – selon laquelle il suffisait d’envoyer un enfant turbulent dans une institution religieuse pour résoudre ses troubles du comportement…
Pratiquer la psychothérapie exige plus que des connaissances théoriques, il faut de la méthode
J’entends d’ici là la voix de quelques détracteurs brandir le drapeau de la confrérie des persuadés que seuls les mots « psychiatre » et « psychologue » apportent aux gens la certitude d’avoir en face d’eux un professionnel qui a reçu une formation sérieuse et solide. Certes les formations qui vont avec ces mots sont tout à fait sérieuses et très solides chacune dans leur domaine d’application, mais elles ne rendent pas compétent par défaut pour l’exercice de la psychothérapie. Cette dernière en effet, exige plus que des connaissances, une approche méthodique on ne peut plus sérieuse qui requiert, tout autant que l’exercice de la médecine psychiatrique, de solides compétences pratiques.
[quote align= »center » color= »#999999″]Pour être un bon praticien en psychothérapie, il faut se former à une méthode reconnue et apprendre à la mettre en oeuvre[/quote]
La « connaissance » de la psychologie ne suffit pas, pour être un bon praticien en psychothérapie, il faut se former à une méthode reconnue (pour son efficacité thérapeutique) et apprendre à la mettre en oeuvre. Cet apprentissage est exigeant car il demande un engagement personnel intense et s’étale, par exemple en ce qui concerne la méthode de Carl Rogers – l’approche centrée sur la personne -, au minimum sur 5 ans. Il n’est pas rare que les professionnels qui se forment n’obtiennent pas leur certification immédiatement à la fin du cursus, mais à la fin d’une période probatoire de pratique supervisée. Dans ces cursus, on trouve des psychiatres et psychologues qui, dans le but de professionnaliser leur pratique de la psychothérapie, viennent se former dans le cadre d’une méthode reconnue. Mais ce qui fait une des richesses de cette profession, c’est que l’on trouve aussi des personnes venant d’autres horizons : des professionnels de l’assistance sociale, des ressources humaines, d’autres professionnels de la santé… etc. Tous partagent la même passion : l’assistance, l’écoute et l’accompagnement des gens. Tous s’engagent dans une psychothérapie personnelle, tous sont soumis au même niveau d’exigence, à la même éthique, pour garantir à leurs futurs clients un service irréprochable, une pratique professionnelle et une efficacité thérapeutique réelle. Et bien sûr, tous veulent se protéger et protéger leurs concitoyens des charlatans et des imposteurs…
Vous comprenez donc que ce qui fera la compétence du professionnel que vous choisirez pour vous accompagner en psychothérapie, c’est une savante combinaison de connaissances, de vécus, de parcours et d’expériences personnelles, de son propre chemin thérapeutique et d’un apprentissage rigoureux et supervisé de la pratique d’une méthode. Ce qui vous garanti sa légitimité et sa capacité à vous délivrer un service de qualité pour une psychothérapie ce n’est donc pas tant son titre, contrairement à ce que beaucoup croient, mais la certification qu’il a obtenu par l’organisme officiel correspondant à la méthode de laquelle il se réclame. Puisque qu’on parle de méthode, les gens n’en ont que très peu connaissance, mais il existe plusieurs méthodes reconnues pour leur efficacité et leur effet thérapeutique. On peut en citer quelques-unes par exemple : L’analyse transactionnelle, le psychodrame, l’hypnose eriksonienne, la gestalt thérapie, ou encore l’Approche Centrée sur la Personne.
Pouvoir choisir ce qui correspond le plus à sa personnalité
L’avantage pour le client c’est qu’il peut choisir celle qui correspond le plus à sa personnalité, à ce qu’il attend, à ce qui l’attire ou au contraire lui fait peur. Je vous invite à consulter le site de la fédération française de psychothérapie et psychanalyse, qui référence et encadre l’ensemble des méthodes reconnues comme sérieuses et efficaces, ainsi que les organismes officiels de certification qui leur correspondent (Lien vers la liste des principales méthodes de psychothérapie). Ce site propose un annuaire de l’ensemble des professionnels certifiés. Plus particulièrement dans le cadre de l’approche centrée sur la personne, en plus d’un organisme certificateur comme l’IFRDP, il y a également l’association AFP-ACP constituée par les professionnels de cette méthode qui se sont regroupés et qui veillent à proposer aux clients intéressés par la méthode de Carl Rogers un annuaire de professionnels reconnus et certifiés pour cette pratique.
Reste que cet univers est très mal connu du grand public, et on ne peut que le regretter. Car grâce à sa richesse et à sa diversité, il existe forcément une méthode de psychothérapie qui correspondra le mieux à chacun, en respectant la manière d’être qui lui est propre, en s’adaptant à sa singularité…
[quote align= »center » color= »#999999″]Attention à l’amalgame qui est souvent fait entre psychologie, psychiatrie et psychothérapie…[/quote]
Mais voilà, certains (que ça arrange bien…) entretiennent volontairement l’amalgame qui est souvent fait entre psychologie, psychiatrie et psychothérapie. Grâce à ce subterfuge, ils voudraient encore nous faire avaler et accepter, qu’en 2012, un ou deux « diplômes » puissent s’arroger d’une façon injuste et injustifiée, l’exclusivité d’une profession. On dirait presque une forme de nostalgie pour une logique de standardisation outrancière, complètement dépassée aujourd’hui, et qui sévissait à des époques tout à fait révolues… Que diriez-vous par exemple si demain, l’industrie automobile voulait nous ramener à un âge ou chaque consommateur pouvait royalement choisir entre une Ford T noire et une Ford T noire ? Que diriez-vous de revenir à un parti politique unique ?… (bien que sur ce thème on se demande parfois si on ne s’en rapproche pas dangereusement, mais c’est un autre sujet)
Bref, j’espère par cet article (et ceux qui ne manqueront pas de suivre sur ce sujet), participer à démasquer une idée reçue particulièrement « destructrice » d’une richesse et d’une diversité indispensables au progrès, et qui dessert injustement, la compétence solide et le fort niveau d’engagement personnel d’un très grand nombre de professionnels. Au contraire des vérités toutes faites et du prêt à penser rassurant, l’information et l’éducation du grand public représentent à mon avis, un bien meilleur moyen de lutter contre les imposteurs !∗
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